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Voyage musical au pays du Blues

Les Etats-Unis fêtent le plus âgé de leurs centenaires

Pourquoi les Etats-Unis décident-ils de ne fêter les cents ans du blues que cette année ? Nous ne chercherons pas à répondre à cette question. Quoiqu’il en soit, il y a cent ans, les voix plaintives du blues s’étaient déjà élevées depuis quelques décennies dans les campagnes du sud du pays.
lundi 26 janvier 2004. publié par, Dominique Grosse
 
A l’occasion du centenaire du blues fêté cette année et de la sortie d’une série de 7 films réalisés à ce sujet (sous la direction de Martin Scorsese), quelques mots sur cette musique née aux Etats-Unis... il y a bien plus de 100 ans.

Pourquoi les Etats-Unis décident-ils de ne fêter les cents ans du blues que cette année ? Nous ne chercherons pas à répondre à cette question. Quoiqu’il en soit, il y a cent ans, les voix plaintives du blues s’étaient déjà élevées depuis quelques décennies dans les campagnes du sud du pays.

Sur les terres du blues

Car le blues est d’abord une musique rurale et plus encore une musique des champs. C’est pour rythmer leurs activités et se donner du courage que les travailleurs, c’est-à-dire avant tout les esclaves arrachés à l’Afrique, entonnaient des airs marqués par une cadence régulière. On pouvait y entendre aussi les hollers, de simples appels qu’un paysan adressait au paysan du champ voisin et qui prirent une forme chantée. Puis, la musique blues pris petit à petit une forme plus élaborée, avec des compositions musicales et parolières où le bluesman exprimait les peines, mais parfois aussi les joies de son existence : la misère, la vie sentimentale, le travail, le blues devient la mémoire de la vie quotidienne du peuple noir. Il est parfois aussi l’expression du rêve (I had a dream de Big Bill Broonzy) ou le gardien d’un passé réel ou mythique comme cette histoire de John Henry, figure légendaire d’un travailleur qui lutta contre la mécanisation du travail. Ce genre de récit constitue le répertoire traditionnel du blues dont les origines se sont perdues, mais qui sera repris par les bluesmen jusqu’à aujourd’hui. Coté instrument, le blues se joue notamment à l’harmonica, à la guitare, au banjo ou encore à l’accordéon, instruments commodes à transporter et adaptés aux conditions de pauvreté de ses créateurs. Ce sont parfois des instruments rudimentaires, comme une simple planche à laver (washboard), qui se transformera en véritable instrument par la suite.

Des sillons au microsillons

Le blues se développe ainsi dans tout le sud des Etats-Unis, souvent sous la forme d’un musicien solitaire, mais aussi sous forme d’orchestres animant les soirées festives comme Les Midnight Ramblers de Big Bill Broonzy à la fin des années 20. Dans chaque région se dessinera peu à peu un style particulier. Dans les années 30, deux frères, John et Alan Lomax vont sillonner le sud du pays pour recueillir les témoignages et enregistrer toute cette richesse musicale méconnue pour la bibliothèque du congrès. De grands noms seront ainsi tirés de l’oubli, comme Leadbelly qui croupissait alors en prison.

Les chemins de la reconnaissance

Puis le blues trouve de nouvelles orientations. Fuyant la misère du sud, les bluesmen suivent le mouvement des migrations pour essayer de trouver du travail et errer dans les grandes villes nord-américaines comme Chicago. On les retrouve alors accrochés aux trains qui montent vers le nord. Le phénomène fut si important qu’on leur donna un nom : les ho’bos (de poor boy, mot qui a sans doute inspiré notre « bobo », bourgeois bohème actuel). Arrivé en ville, le blues va rapidement s’électrifier à partir des années 40/50. C’est à cette période aussi que commence la reconnaissance internationale du blues qui permet à certains de venir en Europe. Mais la véritable reconnaissance aura lieu dans les années 60, qui connaît une période revival, avec l’organisation de grands festivals (Newport, 1964, 1965) où des milliers de personnes majoritairement blanches découvrent des musiciens qui parfois n’ont jamais dépassé la sphère locale (comme Mance Lipscomb). Enfin, le blues devient une des sources principales des musiques du moment : rock et rythm’and blues. L’exemple le plus connu est le nom du groupe Rolling Stones emprunté en hommage à un titre du blueman Muddy Waters.

Des premières scènes qu’étaient les champs de cotons, le blues a conquis les plus grandes scènes de la planète avec des musiciens comme BB King ou John Lee Hooker. S’il a bien évolué depuis et s’est détaché du contexte misérable de ses origines, le blues reste, au fond, fidèle à son essence, celle d’exprimer les souffrances et les émotions les plus intimes et les plus profondes. S’il est souvent synonyme d’un mal être, il est aussi une expression sincère de soi-même.

Quelques noms de bluemen et blueswomen (à découvrir chez vos disquaires) :

Charley Patton, Blind Lemon Jefferson, Leadbelly, Big Bill Broonzy, Memphis Minnie, Robert Jonhson, Billie Holliday, Lighnin’ Hopkins, Muddy Waters, Elmore James, Sonny Boy Williamson, John Lee Hooker, BB King, Eric Clapton, Keb Mo, Ben Harper, Bill Deraime, Jean-Jacques Milteau, Paul Personne...

Liens :

http://www.bluesmagazine.net/

http://mapage.noos.fr/jrichez

Découverte géographique et musicale de la route du blues.